Mon dernier jour dans mon ancien boulot est enfin arrivé. Les collègues m'ont organisée un pot et m'ont offert des petits cadeaux, j'ai versé ma petite larme mais je n'ai pas de regrets de
partir.
Pour le boulot, parce que trop de choses me plaisent de moins en moins et ne semblent pas prêtes de changer, et puis au bout de cinq ans dans le mêmec'est l poste, il est plus que temps que
je passe à autre chose et que je fasse un métier qui correspond plus à mes capacités. Je suis tombée dans le chariot élévateur tout à fait par hasard mais le hasard fait parfois bien
les choses, la preuve. Et puis, zut, j'ai un bac +5, il est temps que j'arrête de jouer les secrètaires même si ce poste m'a offert beaucoup de temps libre et permis d'apprendre plein de choses
qui vont me servir dès lundi. Pas de regrets non plus de ne pas avoir postulé il y a 3 ans, je n'avais pas la carrure à l'époque et observer mon homologue parisien m'a aussi appris beaucoup
de choses.
Pas de regrets sur le plan personnel, même si ça me fait encore mal qu'à 30 ans, rien ne me retienne, je me dis que c'est aussi une chance. J'ai pu prendre la décision facilement, je ne laisse
rien derrière moi qui me rende triste. Bien sûr, je laisse des collègues et des amis mais ce n'est pas eux qui font une vie. Bien sûr, je laisse Cricri mais ce n'est pas avec lui que j'aurais
construit quelque chose. Oui, il va me manquer mais je me rends compte que nous partageons peu de choses, nos deux principaux sujets de discussion sont le boulot et mes histoires foireuses.
Je l'apprécie beaucoup, la situation aussi, mais on a vécu ce qu'on avait à vivre ensemble, il est temps que je passe à autre chose. Je ne pense pas avoir sacrifié quoi que ce soit pour lui, je
ne retient que des bonnes choses et je sais que ce qui va le plus me manquer, ce n'est pas tellement lui mais le côté rassurant de notre relation. On verra bien, après tout on aura toujours le
mail et le téléphone pour garder contact et on se recroisera peut être dans le boulot. Je n'aurais pas pensé que ça se finirait comme ça, je pensais plutôt qu'un jour, je rencontrerai quelqu'un
et que la transition se ferait tout naturellement. Mais quand je ne vais pas bien et que je me sens vraiment seule, ce n'est pas lui qui me manque. Il aura été et restera toujours la personne
qu'il me fallait quand j'ai cru lâcher prise et c'est déjà beaucoup. Ma meilleure relation, celle qui m'aura le plus épanouie jusqu'à présent. Finalement, on va juste se dire au revoir lundi
matin, ce n'est pas vraiment une rupture, juste la vie qui suit son cours et c'est aussi bien que ça s'arrête de cette manière.
Et d'une manière générale, j'ai l'impression que j'ai vécu ce que j'avais à vivre ici, j'ai bouclé la boucle de mon étape parisienne. J'ai appris plein de choses, rencontré plein de gens, vécu
des moments très intenses, des bons et des moins bons. Et surtout, j'ai beaucoup appris sur moi. Indépendamment du temps qui passe, je repars plus forte et plus confiante, je me connais mieux, je
connais mieux mes désirs et mes limites, je me sens enfin moi et pas celle que j'aurais voulu être et faire croire que je suis. J'ai appris à m'affranchir du regard et des attentes des autres, je
me sens enfin en paix avec moi-même, même si ça n'empêche pas les coups de blues et les baisses de moral. Et, au risque de passer pour une naïve, je ne peux pas m'empêcher de croire la petite
voix qui me dit que plein de choses biens m'attendent là-bas, que ma vraie vie va bientôt commencer.